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17 avril 2012

Tri des déchets à Djerba, exemple d'une entreprise locale

"Les quelques fois où j'ai dû déménager, je me suis dit "Quelle galère, je ne sais pas par quel bout commencer", et pourtant, peu importe comment j'ai entamé ce travail long et pénible, j'y suis toujours arrivée et j'en ai même retiré une certaine satisfaction. J'ai donc décidé de m'attaquer au problème de l'environnement à Djerba de la même manière.

Le point de départ de mon action est donc une rencontre avec une jeune femme, Mme Latifa MARSIT. En suivant une vague indication de la municipalité d'Houmt-Souk, je me suis rendue début avril 2012 à Midoun, derrière l'ISET et j'ai en effet trouvé un espace où s'entassaient des dizaines de sacs remplis de bouteilles en plastique.

L'accueil fut chaleureux et les personnes présentes appelèrent celle qui se présenta comme la patronne des lieux (en toute simplicité). Après m'avoir fait visiter sa petite entreprise, Latifa m'expliqua qu'elle avait suivi ses études de droit jusqu'à un magistère obtenu à Sfax. Elle n'aurait pas imaginé, à l'époque, se retrouver dans cette activité de tri du plastique mais face au chômage, le choix fut vite fait.

           Latifa B Mohsen B

                           Mme Latifa Marsit et son père, Mohsen, qui travaille avec elle.

Après des démarches auprès de l'ANGED (Agence Nationale de Gestion des Déchets) et d'une banque, elle a obtenu un prêt pour investir dans son matériel de travail en 2007. Quelle est sa démarche pour récolter le plastique ? Au fil des années, elle a su créer un réseau d'approvisionnement à travers les nombreux particuliers qui, dans leurs quartiers, collectent bouteilles, bidons, chaises et tout objet en matière plastique et que Latifa rémunère selon un tarif de 300 millimes le kilo. Cela permet à des personnes à revenus modestes d'arrondir leurs fins de mois et contribue à limiter la dispersion de ces déchets dans la nature.

Une fois les sacs arrivés dans son entreprise, ses employés commencent le tri entre les différents types de plastiques. Elle emploie 2 personnes (un homme et une femme) en ce moment car pendant l'hiver, elle reçoit moins de plastique mais en été, elle a parfois embauché jusqu'à 20 personnes.

               Recyclage plastique B Déchetterie B

"C'est difficile de trouver du personnel car c'est un travail fatigant et beaucoup de jeunes préfèrent chercher dans les souks ou les hôtels car l'argent est plus facile à gagner. Quand je leur demande de remplir les formulaires pour que je les déclare auprès de la CNSS, ils me demande d'attendre un peu ; certains abandonnent au bout de quelques jours".

Mais pour Latifa le problème principal n'est pas de trouver du personnel mais d'avoir un apport régulier de plastique tout au long de l'année.

- "C'est le centre ECO LEF de Midoun qui récupère les bouteilles en plastique mais pour ce faire, je dois atteindre un minimum de 6000 kilos ; l'argent que génère ce plastique est versée par l'ANGED directement sur le compte de ma banque qui ponctionne mensuellement le prêt qui a été échelonné sur 10 ans."

Pendant l'été, Latifa arrive à joindre les deux bouts, à payer son crédit et à régler les salaires de ses employés en temps et en heure mais le reste de l'année, elle doit faire face à des difficultés d'approvisionnement et n'atteint son quota de 6 tonnes que tous les deux mois. Je lui ai fait part de mon étonnement car connaissant l'énorme consommation des hôtels en bouteilles d'eau et sodas, je voulais savoir pourquoi elle ne travaillait pas plus avec eux.

- "Je travaille seulement avec quelques hôtels mais le problème c'est le temps que je dois passer à attendre le bon de sortie ; si le directeur est en réunion, je dois parfois attendre une heure ou deux dans ma camionnette ; j'ai même arrêté de travailler avec certains hôteliers qui n'acceptaient de de me laisser prendre le plastique (contre rémunération) qu'à condition que je les débarrasse du reste de leurs déchets, sans aucun tri préalable. Par respect pour mes employés, j'ai préféré refuser ce genre d'arrangement".

J'étais stupéfaite.Quand on sait le prix de revient d'une bouteille d'eau et le prix auquel elle est vendue aux clients des hôtels, je ne peux pas croire que ces hôteliers puissent encore exercer un tel chantage !

Quel pavé dans la mare! Depuis ce jour-là, je n'ai qu'une seule idée en tête : imposer aux hôtels le tri de leurs déchets dont la partie organique doit être ramassée par les services des municipalités concernées et dont la part recyclable devrait être récupérée gratuitement par des entreprises comme celle de Latifa.

Ce projet permettrait de créer des emplois verts et garantirait aussi une meilleure traçabilité des déchets car vous n'êtes pas sans savoir que de nombreux hôtels profitent encore des services de privés  sans scrupules pour aller déverser leurs déchets pêle-mêle dans la campagne djerbienne. Certaines associations ont déjà dénoncé ces actes, leurs militants ont même bloqué des tracteurs dont les commanditaires ont été démasqués. Le massacre a assez duré, les hôteliers doivent assumer leur part de reponsabilité et les associations doivent mener une campagne d'information et d'actions pour enrayer ce mécanisme désastreux.

Dans le cadre de l'association Citoyenneté et Libertés,  un projet dans ce sens va être mis en place et j'espère que nous trouverons parmi les hôteliers de Djerba, des personnes responsables et conscientes de leur rôle à jouer dans cette entreprise."

Texte : L.J.

p.s. : Cette entreprise familiale se charge également d'aller chez les particuliers pour les débarrasser gratuitement de déchets encombrants, tels que vieilles machines à laver, moteurs, gazinières, matelas, meubles cassés, etc., ce qui évite de les voir pourir le long des routes et des pistes.

Numéros de téléphone : +216. 75.731.291 / +216.97.335.038

Réseau Amoureux de la Nature

 



 

Commentaires

    Bravo

    Magnifique travail

    Posté par ALAIN, 17 avril 2012 à 20:58
  • Encouragement

    Bonsoir,
    des idées pour une meilleure plus-value de leur labeur...
    Bon courage

    Posté par amortrk, 19 avril 2012 à 20:55
  • Posté par amortrk, 19 avril 2012 à 20:56
  • Initiative qui devrait davantage être soutenue par les pouvoirs publics, et les hoteliers il faudrait peut être leur mettre des taxes pour "non tri"...

    Posté par Carole, 20 avril 2012 à 13:24
  • Trés bonne initiatives j adore ce principe dans tous le maroc sa devrait etre pareil. Bravo et surtout du courage a vous et faut pas lacher l affaire vous y arriver et j espère que vous trouverez de la main d'oeuvres.
    Le tri est impératif dans le maroc car beaucoup trop pollué de sacs de partout.
    Bon courage et super idée.

    Posté par jesscuisine, 23 avril 2012 à 21:33
  • @ Amor : Merci encore une fois pour le lien, comme toujours très adapté au sujet et très complémentaire !

    @ Carole : Hélas oui, il semble que seules des sanctions financières pourraient pousser certains hôteliers à se montrer plus respectueux de l'environnement. Il en va de même pour les particuliers.

    @ Jesscuisine : Merci pour le soutien. Je suis de Meknès et c'est vrai que le Maroc aussi est bouffé, étouffé par les plastiques et la pollution. La cause environnementale est devenue un élément marketing, alors nous pouvons espérer, les autorités ne pourront pas nier ce problème encore très longtemps.

    Posté par Djam2305, 24 avril 2012 à 00:46
  • Bravo pour ce beau reportage, c'est une initiative courageuse, et il est vrai qu'il est long à faire changer les habitudes, souvent les gens préfèrent la facilité. C'est vraiment dommage que les hoteliers ne soient pas plus coopératifs, mais ça viendra.

    Posté par madydou, 24 avril 2012 à 09:48
  • j'adore la calligraphie d'Hassan Massoudi, c'est vrai que les fleurs sont lentes à s'épanouir.

    Posté par madydou, 24 avril 2012 à 09:49
  • Wahoo quel courage et quelle détermination vous avez toutes les deux !!
    Je vous souhaite de réussir à mener à bien ce projet et de parvenir à expliquer aux hoteliers à quel point c'est important ( vu que ça à l'air d'être le cadet de leurs soucis ...!!)
    Bravo !!!!

    Posté par edwige, 24 avril 2012 à 20:51
  • Merci pour vos encouragements, ils seront transmis et nul doute que cette petite entreprise familiale a trouvé un énorme soutien bien mérité !

    Posté par Djam2305, 25 avril 2012 à 01:37
  • tout simplement bravo MADAME

    Posté par marie la chti, 26 avril 2012 à 11:28
  • Bravoooo

    Bravo pour le projet, comme dit le proverbe Il n'y a point de sot métier ... et Bravo pour toi Djam , tu fais le Buzz de la semaine sur Canalblog

    http://www.canalblog.com/directory/

    Posté par anonyme 17, 26 avril 2012 à 13:59
  • Vive le buzz !

    Merci encore pour tout ce soutien. Ce partage est formidable et démontre que nous sommes nombreux à vouloir que les choses changent sur le plan environnemental et à soutenir ceux et celles qui entreprennent des projets dans ce sens.

    J'espère que cela débouchera sur une aide concrète à cette petite entreprise, qui a tous les critères pour bénéficier d'un micro-crédit et que cela donnera l'idée à d'autres de créer de telles structures.

    Chaque village devrait avoir une ou plusieurs déchetteries, selon son importance. En ce domaine, il n'y a pas de concurrence mais une complémentarité, créatrice d'emplois et bénéfique à la protection de l'île.

    Posté par Djam2305, 26 avril 2012 à 21:51
  • J'apprécie à fond cette idée

    Posté par dictionary, 27 avril 2012 à 12:44
  • salem

    je cherche un travail au domaine industrie et transformation plastique avec votre entreprise
    merci pour l’écoute

    Posté par zekri mabrouk, 23 juin 2012 à 15:16
  • Bravo!

    Très belle initiative, je vais en parler autour de moi, car il y a urgence de se mobiliser pour une île PROPRE ! !

    Posté par Michèle, 18 septembre 2012 à 22:55

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